Ça prend des "Buffers”

Habiter les espace-temps

J'ai commencé ce texte le 30 juillet en écrivant : « Je dois me rappeler que l'été n'est pas fini. »

À ce moment, les dernières semaines  avaient été un mélange de travail sur la route et de vacances. Quatre semaines sorties de la routine : une conférence à Brighton en Angleterre, une semaine d’écriture et de marche à Londres, une semaine de « samedis à la maison » et une virée en Abitibi avec ma mère de 83 ans et mes filles de 15 et 17 ans.

Après ça, ça été le retour au travail, à Québec, dans mon atelier (parce qu’à la maison y avait trop de monde) devant mon ordinateur. C’était inévitable

J’ai retrouvé les projets, dossiers, personnes avec lesquelles j’avais pris une bonne et saine distance. Ça m’a fait un peu mal, cette friction avec la réalité mais j’aime encore les missions. Les personnes avec qui je les mène.  Ça fait du sens. C’est efficace, un peu stressant, et bienveillant. Je me retrouve dans cet état à jongler plusieurs projets, à avoir plusieurs tiroirs d’ouverts et quelques ronds actifs sur le « backburner ».

Je reprends mes « bearing » comme on dit. Je vogue et me dépose dans ce qui est familier mais encore vaseux. L’atterrissage doit tout de même se faire rapidement. Il y a des livrables à livrer, des collègues qui attendent.

Et je me demande : Quelle place fait-on à l'espace entre les choses? Comment est-ce qu’on se crée des buffers?

Un buffer, c’est pas juste du temps libre ou une case vide dans l'agenda. C’est un espace-temps entre deux autres espace-temps : un sas pour sortir de ce qui vient d'arriver avant d'entrer dans ce qui s’en vient. L’idées est de le protéger avec intention. Après, de laisser venir.

C’est pas toujours évident de protéger cet espace. Je le négocie constamment dans ma vie personnelle et dans mon travail. Je sais aussi que pouvoir s'accorder ce temps est un de ces luxes qui ne devrait pas en être un.

Dans les ateliers que je facilite, je résiste aux demandes d'aller rapidement au « vrai » travail. Arriver, bouger, rencontrer les autres : ce ne sont pas que des « activités », mais des espaces de transition. Des buffers. Parce que ça prend un temps pour arriver dans un lieu, une réflexion, même quand notre corps est déjà dans la pièce. Aussi, dans le cadre de mon travail, je me réserve des moments pour dessiner, découper, (dé)placer des choses, laisser mes mains réfléchir sans trop savoir où elles vont. J'ai encore un peu de gêne à appeler ça du travail. Pour plein de raisons.

Je ne sais pas quel est le temps idéal qu’il faut prendre, ni à quoi « un bon » buffer doit ressembler pour quelqu’un d’autre que moi. Mais je sais ce que ces moments permettent.

Ils créent de la marge. Physique, cognitive, émotive, relationnelle. Quelque chose ralentit, décante, se réorganise. Une association apparaît. Une question change. Une idée se présente sous une autre forme. Et parfois, quelque chose d'autre devient possible.

Ou pas.

On est rendu le 28 août, les filles ont recommencé l’école et je dois me rappeler que l’été n’est pas fini.

Sur fond de graduation du secondaire. De pochette d’album, de Jcard, de T-shirt  et de show de H24. De décaissement de REEE, de collaboration pour un visuel de recherche, d’expérimentation de Carand’ache multicolori 2 aquarelle, et de rides de À Vélo.

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